Iris, Indeed et Anne

Iris – Personnage 1

Je venais d’arriver, encore frêle et crasseux. Je n’avais pas encore de nom. J’étais habillé d’une couverture en laine que mes propriétaires avaient tricotée quelques mois avant ma naissance. Je zozotais légèrement. Ils pensaient encore que j’étais une fille. Enroulé dans les bras de cet inconnu, j’allais rejoindre mon foyer censé être de sérénité pour mes longues journées à venir.

J’étais arrivé depuis maintenant 5 mois, j’étais chouchouté, adoré, bien brossé tous les jours. Nanny adorait faire la cuisine, elle faisait parfois fondre du sucre dans une vieille casserole pour faire du caramel et je m’amusais à mettre la patte dedans quand elle avait le dos tourné.

chat yeux ecarquillesJe ne m’attendais pas à ça… Ça arriva. La porte s’ouvre, les bagages se posent, les pas résonnent sur le plancher. Le pire allait arriver. Mes cousins… Des caisses lourdes se posent. Je vois… un gros tas de poils noirs cachés derrière les barreaux de sa prison : Indeed ! La guerre a commencé. Cependant, j’applique les règles imposées. Je m’assois sur les fesses et je me tais. Non ! Ils ouvrent sa porte… La porte s’ouvre. La porte est ouverte. Il sort.

Indeed– Personnage 2

Je sors. Nanou m’a libéré de ce voyage trop long.
L’inconnu aux poils hirsutes me regarde. Je ne l’aime déjà pas. J’hésite tout de même à faire connaissance… Non, j’entends la table qui se dresse. Chez Nanny, on mange toujours bien, toujours trop gras, toujours trop. Ça me plaît. La famille est attablée. Comme habitude, je m’assois sur les fesses à côté de la cuisinière et j’attends qu’elle fasse discrètement tomber quelques morceaux de viande. Je fouille dans les poils du tapis pour essayer de trouver encore quelques miettes. Je frôle ses jambes douces, ridées, pour essayer de l’attendrir. La digestion est rude. Je m’endors sur ses pieds.

chien 1Je me réveille, c’est déjà l’heure du café, c’est long. Trop long le temps du café. C’est le temps des adultes, le temps des souvenirs et des remords, des aveux…

Nanou se lève, elle marche, ses pas gomment mon mal d’estomac, ses caresses effaceraient tous mes maux, peigneraient toutes mes puces. Elle s’arrête dans le couloir. Que fait-elle ? Rien justement. Elle s’ennuie un peu. Elle contemple ces murs, la hauteur sous plafond du nouvel appartement. Trop grand, tout est trop grand pour elle trop petite. Elle touche les murs, elle compare, elle goûte les différentes textures, elle découvre. Et là, elle gratte, elle arrache ces petits coussinets tout moelleux qui font le charme du papier à tapisser. Je la regarde, assis sur les fesses. Je ne dis rien, elle me fait rire. Inconsciente et innocente, elle ne se doute pas de ce qui arrivera deux ans plus tard.
L’heure du café est finie, tout le monde range ses mazagrans dans le lave-vaisselle. Chouette ! On repart bientôt. Hahaha… je n’avais pas pensé à ça. La famille pose les yeux sur les dégâts. Mais qui a arraché le papier à tapisser ? Qui a fait ça ? Comment est-ce possible ? Mémé ?
Nanou apporte une explication à ses propres bêtises… « Peut-être est-ce la canne ou les petits cousins ou le temps… » Je la regarde d’un air étonné. Elle n’est quand même pas en train d’accuser ses petits cousins. Bref, nous repartons à la maison.

papier peintAnne – Personnage 3

Deux ans plus tard, j’ai avoué à maman que c’était moi et que ça m’amusait beaucoup. Aujourd’hui, quand je rentre chez mes grands-parents, je vois le papier à tapisser que les chats ont arraché et… un peu moi aussi.