Où est passé le gel ?

J’entends des pas. Le son des pas qui se veulent discrets mais qui peuvent réveiller un animal sous anesthésie. Et je vous jure que c’est à peine exagéré.

chien 4Les doigts tendus vers moi, écartés comme des éventails, c’est évident qu’elle s’apprête à m’attraper. Je ne bouge pas d’un poil, et pourtant j’en ai beaucoup. Ne croyez pas que je n’ai jamais tenté de fuir pour sauver mon honneur, mais c’est qu’elle est tenace la petite. La semaine dernière, j’ai enfilé les vêtements de toute sa garde-robe. Tee-shirt, pantalons, et même jupes, tout est passé en revue. Je soupire. Compte-elle encore m’habiller cette fois ?

La sensation de ses doigts sur ma peau me fait légèrement tressauter. Si seulement je pouvais gommer mon existence à cet instant-là précis ou obtenir la cape d’invisibilité. Quoi ? Les chiens n’ont-ils pas le droit d’être fan d’Harry Potter ? J’entends la voix de ma maitresse m’appeler à plusieurs reprises, sûre d’elle. Je ne vais pas pouvoir jouer la carte du chien un peu trop fatigué par la chaleur de l’été encore bien longtemps. Cette fois c’est fini, ou plutôt c’est reparti. Je l’entends zozoter. C’est à cause de ce que les humains mettent sur leurs dents. Je vois que c’est pour les rendre plus beaux mais je ne dois rien comprendre à l’esthétique humaine.

pot de gel cheveuxCe n’est que lorsque j’ouvre les yeux tout en relevant la tête que je remarque une substance gluante non identifiée sur les doigts de ma maitresse. Qu’est-ce que c’est encore ? Trop tard. Elle l’applique sur mes poils blancs sans hésiter. Mes yeux parcourent la pièce à toute allure. Aucune porte de secours à l’horizon, rien qui ne pourrait m’être utile à la fuite. Un grand bout de bois est posé sur le lit, une baguette magique il me semble. Baguette, je veux bien le croire mais magique, cela semble à prouver. Aurore a passé des heures à la brandir et la faire tournoyer dans les airs tout en prononçant une langue encore plus étrange que d’habitude. Et pourtant, je suis toujours un chien blanc. Ma couleur n’a jamais changé. Une chose est sûre, ma maîtresse n’est pas Hermione Granger. Soudain, une opportunité. Aurore, les sourcils froncés et l’air contrariée fouille dans un sac aussi gros que moi. Autrement dit un petit sac.

Capitaine Coco quitte le navire, je répète, le capitaine quitte le navire !

En une fraction de seconde, j’atteins l’autre extrémité de la chambre pour me cacher entre des pales copies de moi. Les humains appellent cela des peluches d’après mes observations. Cher équipage, nous avons frôlé la catastrophe ! Aurore met peu de temps à me repérer de nouveau. Elle a beau se déguiser en princesse, sa chambre ne fait pas la taille d’un château. A mon grand regret d’ailleurs, car qui dit château, dit porte dérobée. J’émets une petite pression avec ma patte arrière sur la maison de poupées mais aucun souterrain n’apparait. C’est bien ce que je dis, aucun passage secret. Une ombre de tristesse passe sur le visage enfantin de ma maîtresse.

Elle dirige un petit miroir dans ma direction pour me montrer son travail. Mon regard passe de sa petite moue à mon reflet dont nous pouvons comparer la crédibilité à un phoque qui fait du saut d’obstacles. Ridicule est le premier mot qui me vient à l’esprit. Mes précieux poils sont collés, figés en arrière dans l’espace-temps. Pourtant, des étoiles semblent briller dans les yeux d’Aurore. J’oublie le reste. Mon apparence ne compte plus face à son sourire aussi rayonnant qu’un soleil. Il me fait fondre comme un chocolat resté trop longtemps au soleil. Peu importe ce qu’elle me fait endurer, je lui pardonne tout. Mais peut-être pas sa mère qui vient d’entrer dans la chambre avec un regard partagé entre la surprise, l’exaspération, et la colère.

  Aurore, qu’est-ce que tu as fait du gel ?