En Île-de-France

École maternelle

Premiers (faux) pas

Septembre 1972, entrée à la maternelle, premier jour d’école de ma vie ! À 16h30, mes parents sont convoqués par l’institutrice car j’ai été surprise à danser et chanter sur les tables de la classe avec mon petit camarade, grand pitre en devenir.

Carole en 1974Mes parents m’expliquent calmement que ce genre de comportement n’est pas possible et que si je recommence, je risque d’être grondée par la maîtresse.
Que s’est-il passé ce jour-là dans ma caboche de 3 ans et demi ? Mystère et boule de gomme ! Le « risque » d’être grondée s’est transformé en angoisse d’être grondée par un enseignant.

Je suis devenue du jour au lendemain une élève introvertie, faisant tout mon possible pour me faire oublier. Une enfant vivante et fofolle à la maison, réservée et transparente à l’extérieur.
Tous mes bulletins scolaires seront ponctués par les fameux : « Timidité maladive », « Aucune participation en classe ».

Je suis née en janvier 1969. À cette époque, la mode est de faire sauter une classe aux enfants nés en début d’année. Je saute la Grande Section et rentre à l’École primaire à 5 ans et demi, immature, introvertie, avec des bases insuffisantes.

Ce choix catastrophique + la crainte de l’enseignant vont conditionner mon apprentissage qui va se révéler douloureux et fastidieux.

École primaire

Manque de confiance en moi

Je souffre d’un manque de confiance en moi qui ne fait pas bon ménage avec mes bases fragiles. Il suffit que l’enseignante soit un peu trop sévère pour que la peur me tétanise.

J’ai la chance d’avoir des parents aimants et patients, qui m’accompagnent comme ils peuvent. Ils ont vite réalisé que le saut d’une classe avait été une erreur. L’école refuse leur demande de redoublement, prétextant que mon retard n’est pas grave, que « je dois juste grandir ».

Une expérience fondatrice

MilimalimalouCE1-CE2 ? J’essaie de lire toute seule un livre de la bibliothèque rose : Mili-Mali-Malou, les amis d’une toute petit fille. Ce prénom interminable m’épuise ! Dans ma tête, j’entends ma voix silencieuse qui articule consciencieusement « Mi-li-Ma-li-Ma-lou ». Ma lecture devient lourde, l’histoire n’avance pas. Je commence Oui-Oui et le cerf-volant… quelques lignes, puis quelques autres, un peu chaque jour.

Je ne suis pas sûre d’avoir aimé l’histoire par contre je me souviens du goût de ma persévérance, de mon index qui suivait chaque mot, de ma concentration. C’était difficile mais non douloureux. J’ai continué à mon rythme d’enfant et le miracle est arrivé : j’ai lu et fini « toute seule » le premier livre de ma vie ! Quelle victoire ! Je me suis sentie si libre et si forte à l’intérieur, « capable ».

Est-ce cette expérience positive qui a ancré en moi le goût de la persévérance, de l’autonomie et ma passion pour les livres ? Plus j’avance dans ma vie, plus je vois cet épisode comme un socle fondateur de mon rapport au savoir.

« Carole, elle est bouchée »

Mes parents sont artisans pâtissiers, chocolatiers, glaciers. Je fais mes devoirs au milieu de délices sucrés, soit côté magasin avec ma mère, soit côté labo avec mon père. Mes parents s’usent au travail. Je ne sais pas où ils ont trouvé l’énergie et la patience pour m’aider quotidiennement, sans jamais s’énerver, pour me réexpliquer les leçons que je concluais en général par un « Je ne comprends pas » découragé. Mes deux petits frères souvent présents au moment des devoirs comprenaient et retenaient mieux que moi.

C’est une époque où l’on parle peu d’orthophonistes, de psychologues ou de cours particuliers. J’entends régulièrement dire de moi : « Carole, elle est bouchée ». Cette expression courante dans les années 70 est dite sans méchanceté. C’est un simple constat qui justifie mes difficultés. Et j’y crois, « je suis bouchée. »

Il me faudra attendre l’âge adulte pour prendre conscience du poids de toutes les étiquettes que l’on m’avait attribuées : ma timidité « maladive », mon côté « bouché »… Cette prise de conscience a été essentielle pour m’en libérer et aider mes élèves à apprendre sans se laisser enfermés dans les étiquettes de notre époque : dyslexique, hyperactif… ou tout simplement les universels « Trop… et Pas assez… ».

Blocages

Panneau stop1978, 9 ans, CM2. Je me sens tellement perdue et si peu sûre de moi que l’idée de rentrer au collège me terrifie. Je me « bloque », me coupant de mes capacités.

Je souffre de problèmes de compréhension, de mémorisation et d’oubli au moment des contrôles alors que je sais ma leçon. Je me sens « nulle » et insécurisée avec les enfants de mon âge. Je passe une année terrible, la trouille au ventre, incapable de verbaliser mes angoisses. Celles-ci se manifestent par des tics nerveux. L’institutrice explique à mes parents que j’ai des capacités mais qu’une part de moi « ne veut pas apprendre ».

Je demande à redoubler mon CM2, redoublement enfin accepté ! Immense soulagement en moi. Mes parents me le présentent comme une seconde chance à saisir et non pas comme un échec honteux. Message reçu et bien enregistré dans ma caboche : je vais redoubler 3 fois dans ma scolarité, 3 redoublements que je vais vivre comme de formidables tremplins !

Le déclic…

Couverture de livre jeunesse1979, 10 ans, deuxième CM2. Un déclic se fait dans ma tête et pour la première fois dans ma vie scolaire, je me sens à ma place.

Je suis motivée, mon niveau augmente, la confiance en mes capacités se construit et je deviens une boulimique de lecture. Dès que je peux, je lis : à table, en voiture, à la récré, à la bibliothèque où je passe des heures chaque semaine.

Ces lectures nourrissent mon « feu intérieur ». Je suis fascinée par les personnages auxquels je m’identifie. Quel bonheur de me projeter dans ces êtres effrontés, courageux et débrouillards ou au contraire écrasés par le poids d’un lourd destin. A travers leur apprentissage de la vie, j’apprends inconsciemment une chose essentielle : on peut surmonter les épreuves, on peut changer, on peut devenir un autre.

Mes efforts sont enfin récompensés : le plus spectaculaire est ma moyenne en orthographe qui passe de 4 à 16/20 ! A la remise des Prix de fin d’année, je fais partie des 10 « meilleurs » élèves de la classe. Je vis le bonheur de pouvoir choisir un livre qui me plait. Mais une scène me marque à vie : le « dernier » de la classe, un garçon introverti en grosse difficulté scolaire, se retrouve à aller chercher devant tout le monde,  le dernier livre restant : les aventures d’Heïdi. Je suis bouleversée par cette scène que je trouve humiliante.

Collège

Apprentissage et puberté

jeansMalgré mon côté toujours « trop réservé » en classe, j’ai apprécié mes « années collège ». Mais je crois qu’au fond de moi, j’aurais aimé faire une pause avant l’arrivée de la puberté.

Depuis mes débuts à l’école, mon année de redoublement était la seule où j’avais pu pleinement apprécier le fait d’apprendre facilement. Je venais juste d’en retirer les bénéfices que, patatras, la puberté me tombait dessus ! Trop vite à mon goût car on oublie souvent à quel point elle peut jouer sur notre apprentissage :

  • transformation du corps
  • poussées de croissance fatigantes
  • importance du regard des autres
  • premiers émois amoureux qui perturbent souvent la concentration
  • lutte entre désir et peur de grandir…

Clarté

1982, 13 ans, 4e. Alors que l’apprentissage de l’anglais a été catastrophique à cause d’une enseignante sans autorité et laxiste, je découvre l’espagnol avec une professeure exceptionnelle. Espagnole d’origine, connue pour ses colères volcaniques, cette grammairienne est une réelle pédagogue qui communique à merveille son savoir. Je suis fascinée par ses cours. Ses explications claires m’aident à comprendre et à ressentir la construction de la langue espagnole et française.

Je commence l’année avec des notes moyennes mais je sais que je peux faire mieux. À la maison, seule, je révise, m’entraîne, travaille mon accent et mon oreille en lisant à haute voix. Je retrouve le goût et le plaisir de l’effort vécus dans mes premières lectures. Mes progrès jugés « spectaculaires » sont encouragés et récompensés. Seul l’oral reste « trop timide ».

Je rêve de vivre ce « sentiment de vibrer » dans toutes les matières mais à part en français et en musique, la plupart des cours me paraissent lourds et ennuyeux.

Quand j’ai commencé à enseigner, 20 ans après, j’ai tout de suite pensé à la Señora Colomer à laquelle je rends hommage. Je continue à travailler cette fameuse clarté en faisant la guerre aux notions floues et indigestes qui parasitent l’apprentissage.

Littérature

Portraits d'auteurs favorisMes lectures personnelles au collège sont hétéroclites :

  • les polars d’Agatha Christie dévorés avec voracité,
  • une période passionnée consacrée aux romans à l’eau de rose,
  • un ennui profond pour la littérature classique, à l’exception de Guy de Maupassant et d’Émile Zola qui me fascinent,
  • de nombreux romans partagés avec mes parents, qui sont de grands lecteurs,
  • la découverte merveilleuse de la réflexion à travers des textes de J.M. Le Clézio, que nous étudions en 3e. J’ai vraiment le sentiment de capter l’intelligence d’un auteur à travers sa plume. Un bonheur dont je ne me lasserai jamais.

Lycée

Humiliation

toxic1984, 15 ans, rentrée en Seconde. Malgré un bon niveau en français, je n’arrive pas à comprendre le travail de réflexion demandé en littérature. Par malchance, je tombe sur un professeur de français « classique », habitué à enseigner aux élèves très littéraires. Ce charmant enseignant confie un jour à mes parents :

Si déjà votre fille arrive à travailler à Prisunic, estimez-vous heureux !

Même si mes parents ont dédramatisé cette réflexion, j’ai accusé le coup. Je savais au fond de moi que je n’étais pas celle que ce professeur projetait sur moi, pourtant… le mal était fait, un mal insidieux : le doute. « Et si en effet, je n’étais pas capable ? ». C’est avec plus de 20 ans de recul que je me suis rendu compte à quel point cette réflexion gratuite avait été un poison pour moi, un poison dilué à dose homéopathique.

Mes notes sont trop fragiles. Je demande le redoublement de ma Seconde, qui comme celui de mon CM2 me sera très profitable.

Dictature des filières

Dans les années 80, les filières étaient présentées caricaturalement ainsi :

  • Filières scientifiques : destinées aux élèves intelligents, brillants, travailleurs, faits pour les grandes études,
  • Filières littéraires et artistiques : destinées aux élèves sérieux et intellectuels.
  • Filières techniques : destinées aux élèves moyens, voire « mauvais », qui n’ont pas le niveau pour aller ailleurs.

Ce conditionnement des compétences est catastrophique car il suscite du mépris entre : élèves, professeurs, établissements scolaires, professions… Il coupe l’apprenant de sa capacité à s’ouvrir pleinement à sa créativité.

Je souffre, comme beaucoup, de cette dictature des filières. Mon problème est que je ne rentre dans aucune « case » :

  • quele voie choisirJe déteste les matières scientifiques.
    Même avec des professeurs compétents et patients, même en faisant des efforts, je ne comprends rien !
  • Je suis littéraire dans l’âme mais à l’époque, les filières littéraires sont présentées « sans débouchés » ou pour les futurs enseignants, ce qui ne m’attire pas du tout,
  • J’aime à la fois la littérature et les matières en lien direct avec le monde professionnel comme l’économie et le droit du travail, mais ne me sens pas attirée par ces voies.

madame contraireJe refuse d’entrer en Première littéraire pour demander une Première en Commerce. Scandale ! Comment puis-je refuser la chance d’entrer dans une section « honorable » ? La peur de m’ennuyer ! Je suis beaucoup plus motivée pour apprendre les mécanismes du monde du travail que la vie des grands auteurs.

J’ai la chance d’avoir une professeure d’économie passionnée et passionnante. Je retrouve le même bonheur d’apprendre qu’en espagnol, en 4e. Je travaille, je cherche, je me dépasse et suis repérée par cette enseignante qui m’encourage. Seul bémol : je suis beaucoup trop lente.

Ma lenteur à apprendre et à travailler m’a tellement handicapée que « L’apprendre à apprendre » deviendra mon cheval de bataille dans la démarche pédagogique des Z’ateliers de Carole©.

Premiers pas en médiation littéraire

Mon lien avec les livres est passionnel. Je passe des heures :

  • livres pileà les lire,
  • à les faire grandir en moi par une réflexion,
  • à rapatrier la bibliothèque familiale dans ma chambre,
  • à les partager avec des lecteurs mais également avec des personnes qui n’aiment pas lire. Mon grand plaisir est de chercher les livres qui vont les captiver. Et plus d’une fois, ça marche !

Je suis loin de me douter que je fais mes premiers pas en médiation littéraire, c’est à dire me mettre à l’écoute d’un public et créer du lien et du sens par la littérature.

Vocations

1987, 18 ans. J’entre en terminale avec un bon niveau mais peu à peu, le doute m’envahit : « Que faire après mon bac ? » Cette question m’angoisse car je ne me vois pas continuer dans la voie commerciale dont l’éthique ne me convient pas du tout. Les études de vente et de management m’apparaissent comme de la manipulation.

Travail autour du corps

Eureka enfantJe suis très attirée par le métier de kinésithérapeute. Sans savoir pourquoi, le travail autour du corps m’intéresse. Malheureusement il faut être bon en sciences or mon niveau est catastrophique.

Je tire un trait définitif sur cette lubie sans savoir que le travail autour du corps deviendra une passion dans ma vie personnelle et professionnelle.

Travail autour du livre

La fameuse question « Que veux-tu faire plus tard ? » me rend malade. J’aime les livres mais les métiers de libraire et de bibliothécaire ne m’attirent pas du tout. J’en ai une image poussiéreuse et ennuyeuse ! J’achète un guide sur les Métiers du livre et découvre oh miracle les professions liées à l’Édition. Je trouve enfin ma voie… à trois mois du bac !

La seule école parisienne des Métiers du livre (l’École Estienne) accepte très peu d’élèves, en majorité issus des sections L, et les sélectionne sur dossier. Il est trop tard pour m’inscrire, le bac approche, mes révisions cafouillent car je n’ai pas su m’organiser, je rate mon bac… et redouble pour la troisième fois de ma scolarité.

une année studieuseMa motivation à rentrer à l’École Estienne me donne des ailes. Pour la première fois de ma vie, je crois vraiment en moi ! Je sais que je suis une bosseuse et je vais le prouver en travaillant d’arrache-pied pour obtenir un très bon dossier. Pari réussi : mon dossier est accepté alors que je ne viens pas d’une section littéraire ! Immense joie, malheureusement de courte durée : je suis recalée à l’oral, mon gros point faible.

Au fond de moi c’est l’effondrement. Je pleure pendant 3 jours avec le sentiment de m’être battue pour rien. J’obtiens mon bac avec des notes bien inférieures à celles obtenues lors des contrôles. D’autres élèves qui ont glandouillé toute l’année obtiennent des notes supérieures aux miennes.

Je me sens amère, découragée, ne comprenant rien à ce système scolaire où je ne trouve pas ma place.

Heureusement un bel échange avec ma prof de littérature me revient et m’encourage. Hasard des transports en commun, je m’étais retrouvée face à elle, intimidée par cette rencontre hors du lycée, lui avait parlé de mes projets, de ma passion pour les Livres et avais reçu ces paroles cadeau :

Vous réussirez dans ce métier, Carole, car vous avez une sensibilité rare, quelque chose qui ne s’apprend pas à l’école.

Encourageons les élèves, encourageons-les sincèrement, avec le cœur. Prenons ce temps précieux.

1989, 20 ans. Mon bac en poche, je dois trouver d’urgence une nouvelle direction. J’apprends qu’une université propose une section Communication avec filière Édition, je m’y inscris… sans conviction.

Cette épreuve douloureuse a eu le mérite de m’apprendre une grande leçon :
« Ne jamais mettre ses œufs dans le même panier ! »

Université

Entre théorie et terrain

Livre ouvertLettres, Arts, Expression et Communication

1989, 20 ans. Dès mon entrée à l’université de la Sorbonne Nouvelle, je me sens décalée. Je rêve de travailler sur le terrain, d’être formée par des professionnels du livre, je rêve d’un apprentissage très concret qui malheureusement n’existe pas dans cette filière.

J’étudie la linguistique, la sociologie, la sémantique, la sémiologie, la psychologie, la littérature appliquée, les sciences de la communication… mais la passion n’est plus là. Bizarrement mes notes sont bonnes alors que j’ai l’impression de travailler beaucoup moins qu’au lycée !

Au premier partiel, les profs nous donnent ce conseil incroyable qui change mon rapport au savoir : « Oubliez tout ce que nous vous avons appris car nous le connaissons déjà.  Ce que nous désirons, c’est une réflexion sur votre savoir ! »

Panique dans l’amphithéâtre ! Après un moment d’étonnement, je plonge en moi et construis ma réflexion par écrit, bien au calme dans ma tête.

Cet examen a déstabilisé les jeunes étudiants que nous étions, tout juste sortis du système scolaire du lycée. Je fais partie de ceux qui ont les meilleures notes. Quelle surprise ! Plus je vais avancer dans mes études, plus je vais réaliser que cette façon de travailler me convient beaucoup mieux.

Premiers pas dans l’édition

Encouragements

Je fais deux stages dans une petite maison d’édition parisienne très littéraire. Je suis aux anges, tellement heureuse de découvrir les coulisses du métier. J’observe le travail de chacun et pose 1000 questions. Je me sens transformée. Aucune envie de retourner à la fac à la rentrée ! En fin de stage, un des éditeurs me fait le cadeau incroyable de ces paroles, qui me redonneront du courage dans des moments de découragement :

Toi tu vas réussir, et tu sais pourquoi ? Parce que tu es une vraie bosseuse !

1991, 22 ans. J’obtiens mon DEUG Lettres, Arts, Expression et Communication, mais me sens démotivée pour continuer mes études. Mes proches m’encouragent : « Tes notes sont bonnes, encore un an et tu auras ta Licence ! ». Heureusement je travaille « à côté », dans des domaines qui n’ont rien à voir avec le livre. Le contact avec les adultes et le monde professionnel me fait du bien. Le fait d’être appréciée dans mon travail me donne confiance en moi.

Je suis logique !!!

1991, 22 ans, année de la Licence. Parallèlement à mes cours d’édition, à l’occasion d’un stage dans une maison parisienne spécialisée dans les ouvrages scolaires et parascolaires, j’apprends les bases du secrétariat éditorial. J’ai la chance d’être repérée par une jeune femme qui me fait participer à toutes les étapes du livre :

  • travail sur le manuscrit et adaptation à une collection,
  • relecture et correction,
  • rencontre avec les auteurs et illustrateurs…

J’ai été repérée pour mon travail de logique, moi la catastrophe en maths !
Ma première mission de stage avait été la correction d’un ouvrage truffé d’erreurs de redirections de pages, construit comme Le Livre dont vous êtes le héros, mais à visée pédagogique. Je me suis plongée dans ce labyrinthe et ai construit une maquette de 3 mètres afin de clarifier et de réorganiser tout le livre. Félicitations de la direction pour mon travail et étonnement d’une jeune secrétaire d’édition bluffée par ma logique :

– Moi logique ? C’est impossible, je suis nulle en maths !
– Cela n’a rien à voir Carole. Si tu n’avais pas fait fonctionner ton esprit logique, tu n’aurais jamais pu réaliser ce travail. Bravo !

Cette expérience a contribué à changer l’image négative que j’avais de moi. Depuis toute petite, j’entendais cette phrase : « Mais regarde Carole, c’est logique !  » ; ça ne l’était jamais pour moi qui désespérais de ne rien comprendre.

Fin d’année de Licence. Devant mon enthousiasme à vouloir rentrer dans le le monde éditorial, mon prof d’édition me demande la profession de mes parents. Je lui réponds sans comprendre qu’ils sont « artisans chocolatiers ». Ce charmant monsieur prend un sourire compatissant et m’explique :

On ne rentre pas dans l’édition quand on a des parents artisans.
Si vous n’êtes pas du milieu, ce n’est même pas la peine d’essayer !

Je suis outrée de me sentir mise de côté à cause de mes origines sociales, mais pas découragée. Licence en poche, je décide de continuer mes études pour avoir un diplôme solide.

Désillusion

1992, 23 ans. Je rentre en Maîtrise et là c’est la douche glacée : l’option Édition est suspendue, faute d’enseignant ! J’obtiens tous mes UV mais je n’arrive pas à me consacrer à mon mémoire qui ne pourra pas porter sur les Métiers du livre. Je me sens complètement perdue.

La maison d’édition chez laquelle j’avais fait mon stage l’an passé me propose de me prendre pour un stage de longue durée, à plein temps, non rémunérée. Écœurée, je refuse mais réalise très vite que c’est la même chose partout. Je décide d’accepter pour me former au métier.

Sur le terrain, je suis aux anges ! Je me sens tellement à ma place dans ce milieu éditorial. Malheureusement c’est la « crise ». Quand je postule pour être embauchée, on me répond que c’est pour l’instant impossible, mais que je peux continuer à travailler pour eux comme stagiaire car il y a beaucoup de projets en cours. Découragée, je n’y crois plus. Je me sens écœurée, manipulée et terriblement frustrée.

J’ai la sensation d’être une coureuse sur son starting-block, prête à donner le meilleur d’elle-même. Malheureusement personne n’est là pour donner le signal du départ.

Départ pour le bout du monde

Juillet 1993, 24 ans. La personne avec qui je vis à l’époque trouve un poste à 18 000 km de la Métropole, en Polynésie française, à Tahiti. La vie sous les tropiques ne m’attire pas mais je ne supporte plus ma vie en région parisienne.

Je ne crois plus en mes rêves et me persuade que je me suis trompée.
« Je ne suis pas faite pour travailler dans les livres ».

Vue aérienne
Nous décidons de tout quitter pour tourner la page et repartir à zéro, direction l’inconnu. Le billet d’avion est très cher. Je trouve un poste en intérim dans la distribution du livre et deux mois plus tard, le 1e octobre 1993, je quitte la France, avec un « aller simple » pour Tahiti.

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