Naissance des Z’ateliers de Carole© à Tahiti

Renaissance

1e avril 2002, 33 ans.
Immense sentiment de liberté en quittant la librairie Archipels où j’ai travaillé 8 ans.

Certaines personnes me jugent inconsciente mais je sais au fond de moi que j’ai fait le bon choix. Ma seule boussole est mon intuition.

Je laisse reposer mon côté volontaire et bosseur que je sens épuisé et vis au jour le jour, à la tahitienne, avec très peu de moyens. Je suis entourée de personnes bienveillantes et créatives qui me confient des missions ponctuelles et très hétéroclites :

  • Carole en 2002monteuse et trieuse de jeux de cartes,
  • scripte pour une émission littéraire à la télévision,
  • secrétaire dans le bâtiment,
  • correctrice de supports de presse…

J’accepte toutes ces expériences avec ouverture d’esprit et bonne humeur. Tout me parait possible, tout sauf me mettre à mon compte ! J’ai tellement vu mes parents s’user au travail quand ils étaient artisans que je refuse catégoriquement de me projeter à mon compte.

Découverte de l’enseignement

Mai 2002, 33 ans.
Un jour, ma banquière vient vers moi, non pas pour me parler de mon compte en banque qui est maigre, mais de sa fille de 15 ans qui a du mal à s’exprimer à l’oral et à l’écrit.

J’accepte sans imaginer une seconde que cette proposition sera l’étincelle qui donnera naissance aux Z’ateliers de Carole© !

Le premier cours avec cette jeune fille est une révélation ! N’ayant aucun support de cours je suis obligée d’improviser, de faire appel à ma créativité et à ma sensibilité car cette adolescente est très introvertie. Je ressors de ces cours heureuse, remplie de la même énergie que lorsque j’animais les ateliers lecture auprès des enfants.

Mon élève n’aime pas lire. Je lui apporte un roman jeunesse que nous lisons ensemble. Nous échangeons, parlons de la vie, de ses émotions. Les progrès s’amorcent… Je suis tellement étonnée par la force de cette expérience que je décide de proposer des cours de français à domicile.

J’ai un très bon niveau en français mais je ne suis pas enseignante de métier. Quand je  consulte des livres de grammaire française, je suis affolée par le manque de clarté. Je pars du principe que mes élèves pourront être autant en difficulté que moi plus jeune.

La seule solution : adapter les cours en les réécrivant tous, de manière claire et attractive. Les Z’ateliers de Carole© sont nés !

Réconcilier avec le livre

Mes élèves n’aiment pas, voire détestent lire. Je propose aux parents de réconcilier leurs enfants avec la lecture en mettant à leur disposition ma propre bibliothèque jeunesse qui passera de 30 à plus de 200 titres en quelques années.

bibliothèque des Z'ateliers de CaroleL’inscription aux cours repose sur un double engagement de l’élève :

  • choisir et essayer de lire les romans que je lui propose,
  • exprimer à l’oral puis à l’écrit son avis personnel, même si le livre n’a pas été aimé.

Ce travail d’écriture sur l’expression de son ressenti est essentiel. Il permet à ces jeunes de s’exprimer et d’apprivoiser le langage.

Avant je ne lisais que des BD Titeuf, je n’aimais pas les romans car il n’y avait pas de dessin. Depuis que je suis aux Z’ateliers de Carole, j’ai changé d’avis. Maintenant je ne peux pas me passer de lire, il faut que j’aie toujours un roman avec moi sinon je m’ennuie. Des fois,  j’ai pas envie de dormir, j’ai envie de connaître la suite.  Toriki

Itinérante

Papeete-ruePendant 3 ans, je vais me déplacer au domicile de mes élèves, chargée de mes nombreux classeurs et livres.

Grâce à quelques articles de presse qui mettent en avant  « la patte » de ma démarche pédagogique, je me retrouve vite débordée et ne peux me déplacer qu’aux alentours de Papeete, l’ile de Tahiti souffrant d’embouteillages monstres.

Carole et un élèveJe garde un très beau souvenir de cette période itinérante où j’ai pu, en rentrant dans les maisons, avoir un contact privilégié avec les familles et découvrir une autre facette de Tahiti.

Je me souviens de mes cours donnés dans cette vieille boutique de vêtements à Papeete, entourée de 1000 tissus bariolés, avec la télé en fond sonore, ou encore les aboiements incessants des chiens sur certaines terrasses !

Formation à la Gestion des stress et blocages de l’apprentissage

Carole et une élève2003, 34 ans.
Mon travail me plaît beaucoup mais quelque chose me dérange. Certains de mes élèves présentent les symptômes suivants :

  • difficulté à se concentrer,
  • problème de mémorisation,
  • surstress au moment des contrôles, qui les fait tout  oublier,
  • dévalorisation, démotivation…

Je sens que ces problèmes court-circuitent complètement leur apprentissage et que, si rien n’est fait, ces élèves risquent l’échec scolaire. Je conseille à leurs parents d’aller consulter Joëlle Joufoques/Prost, une personne sérieuse et compétente, spécialisée dans la Gestion des blocages de l’apprentissage (le Concept 3 en 1©). Après quelques séances, le résultat est étonnant. Le « hasard » fait que pour la première fois à Tahiti, une formation au Concept 3 en 1© est proposée.

Je m’inscris au premier niveau pour aider mes élèves sans savoir que cette formation va bouleverser mon propre rapport à l’apprentissage. A 34 ans, je revisite mon passé d’élève en difficulté et pour la première fois de ma vie, je mets du sens sur ces souvenirs douloureux.

Pendant 2 ans, je vais me former avec passion et assiduité à ce merveilleux concept, élaboré par Gordon Stoke, un ancien élève dyslexique. J’aime le respect qu’il a pour l’apprenant et son accompagnement vers l’autonomie. Je suis loin de me douter que je finirai ma formation aux Etats-Unis, formée par Gordon Stoke en personne et le co-créateur Daniel Whiteside

Premier local des Z’ateliers de Carole

Salle de coursRentrée 2005-2006, 36 ans.

Je recherche à louer un local pour accueillir les Z’ateliers de Carole© et y proposer :

  • des cours collectifs,
  • des consultations individuelles dédiées à la gestion des stress et des blocages de l’apprentissage.

Je trouve une grande salle face à l’hôpital Mamao de Papeete : un ancien collège transformé en bureaux. Le local est affreux, sale et déprimant. Je repeins tout en jaune pour y mettre de la vie !

Salle de coursL’enseignement en groupe est nouveau pour moi. Il stimule ma créativité et mon écoute des élèves. Je dois à la fois transmettre et relier. Ce nouvel apprentissage me passionne.

Les consultations représentent un énorme pas. Quand je débute, je ne reçois que des enfants et des adolescents en difficulté scolaire. Ma clientèle s’ouvre au public adulte avec le temps. L’apprentissage pris au sens large concerne en effet tous les âges et tous les domaines : la conduite, le sport, la prise de parole en groupe, la vie familiale et amoureuse…

Formatrice

Médiation littéraire

2006, 37 ans.
Polynélivres, une association qui se bat pour la promotion et le développement de la lecture publique en Polynésie Française, me propose d’animer des formations à la Littérature pour adolescents auprès de bibliothécaires, enseignants et animateurs de quartier.

Je découvre le public adulte en grand groupe. Ces premiers pas de formatrice en médiation littéraire me ravissent.

Mission impossible

2007, 38 ans.
Le Contrat de ville me demande de construire une formation de longue durée destinée aux animateurs des Maisons pour tous des quartiers défavorisés de Faa’a, Paea, Papara (côte Ouest de Tahiti). Le projet a pour objectifs de :

Sensibiliser les animateurs à l’approche de l’enfant, aux blocages de l’apprentissage, à des animations éducatives nouvelles, aux animations autour du Livre et à un travail en partenariat avec les écoles du quartier.

Je trouve le projet trop ambitieux mais la responsable y croit tellement que je finis par accepter. Je « plonge » dans toutes mes expériences auprès des enfants pour construire mes cours, le ventre noué car incapable de savoir ce qui m’attend sur le terrain. Je ne vois que ce que je n’ai pas :

  • je ne suis pas polynésienne,
  • je n’ai aucun diplôme d’animation,
  • je ne connais pas la réalité des quartiers défavorisés, voire des bidonvilles,
  • je ne suis pas la bonne personne pour remplir cette mission !

La veille de la formation, je me traite de « folle » d’avoir accepté ! Et puis… j’y vais.

Cette formation reste l’expérience de transmission la plus forte de ma vie.

Maison pour tous de PaeaJ’ai la chance d’avoir eu des stagiaires en or, des personnes motivées, attendant cette formation depuis des années. Je leur suis reconnaissante de m’avoir fait confiance et, chose peu évidente, d’avoir su se remettre en question pour appliquer sur le terrain ce que nous avions réfléchi et élaboré ensemble.

Découverte des Ateliers d’écriture créative

2007, 38 ans. Depuis que je suis tombée dans le chaudron de la littérature jeunesse,  je rêve d’écrire pour les enfants. Mon imagination est débordante mais dès que je me pose pour écrire, je vis le terrible blocage de la page blanche. Je ne comprends pas pourquoi je n’y arrive pas alors que je suis habituée à accompagner des personnes en écriture.

Couverture de Dans l'ombre du jourGrâce aux formations proposées par l’association Polynélivres, je découvre la démarche d’un atelier d’écriture créative. C’est une révélation !

  • le cadre bienveillant amène une sécurité intérieure incroyable,
  • les propositions décalées m’enthousiasment,
  • j’écris avec facilité sans ressentir le blocage de la page blanche !
  • et cerise sur le gâteau : quand j’écris en atelier, j’écris « autrement », notamment en vers, de manière spontanée et fluide.

Pendant deux ans, je vais avec bonheur participer aux ateliers d’écriture mensuels animés par l’écrivain Sylvie Couraud, bulles créatives et conviviales hors du temps où je vais apprivoiser ma propre écriture, sans savoir que je me formerai au métier d’animatrice d’ateliers d’écriture quelques années plus tard.

Déménagement des Z’ateliers de Carole Quartier du commerce

panneau_zateliers_de_carolezateliers-carole-et-eleves-2009Fin 2007, 38 ans.
Déménagement des Z’ateliers de Carole© dans une rue piétonne, Quartier du commerce, à côté du port de Papeete. Nous passons d’une à trois pièces.

Gros coup de cœur pour ce lieu calme, plein de charme, repeint en bleu lagon, vert anis et jaune bien sûr !

Retour à mes racines

Vue aérienneJuin 2009, 40 ans. Après presque 16 ans passés à Tahiti (et quelques mois en Nouvelle-Calédonie), mes racines me manquent. Je fais mes adieux au Pacifique Sud et prends un billet « aller simple » pour la France métropolitaine…

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