À Tahiti

Arrivée à Tahiti

Fleurs tahitiennesJe tombe tout de suite amoureuse de Tahiti. Elle ne ressemble pourtant pas toujours aux paysages de cartes postales : la chaleur est épouvantable, je me fais dévorer par les moustiques, Papeete, la capitale, est une ville sale, il y a beaucoup d’embouteillages et la vie est hors de prix alors que je suis fauchée comme les blés !

Mais je me sens si heureuse : la nature est luxuriante et somptueuse, je suis touchée par la gentillesse des gens et j’aime la simplicité de la vie avec ce sentiment de décalage par rapport à l’agitation du monde.

Librairie Archipels

Le métier de libraire

Dès mon arrivée à Tahiti, je commence à chercher du travail et découvre avec surprise qu’il existe des maisons d’édition et deux grandes librairies à Papeete. Je postule également du côté des sociétés de communication mais quand j’apprends qu’un poste de libraire est vacant, j’accepte sur le champ alors que je m’étais toujours dit : « je ne serai jamais libraire ! ».

Je me sens jeune, dynamique et passionnée… pourtant mes débuts dans le métier sont angoissants. Je découvre qu’être libraire demande une véritable mémoire d’éléphant : la librairie Archipels fait 3 étages, propose des milliers de titres et… n’est pas informatisée ! Je m’accroche car je sens que malgré tout j’apprends chaque jour et j’ai la chance de travailler au sein d’une équipe de libraires dynamiques, passionnées et passionnantes.

Ce métier demande beaucoup de rigueur, qualité parfois peu compatible avec mon côté « tout feu tout flammes ». Je vais l’acquérir au fil des années, parfois en pestant ! Je me souviens encore des piles de livres oubliées dans la librairie… qui permettaient de me suivre à la trace, à mes débuts ! Cette précieuse rigueur me sera indispensable pour mettre en place mes futurs projets.

Correctrice de livres

La vie en Polynésie est très chère et mes finances ne sont pas folichonnes. Je me présente aux maisons d’édition locales pour proposer mes services en tant que correctrice de livres.

Pendant des années, je vais exercer cette activité de façon ponctuelle pour arrondir mes fins de mois, en corrigeant des manuscrits, des mémoires, des supports de presse…

Cette activité m’a énormément apporté intellectuellement mais, je l’avoue, épuisée physiquement car je ne pouvais l’exercer qu’en soirée ou les jours de repos. La fatigue ne fait pas bon ménage avec la concentration que demande une relecture pointue.

Littérature jeunesse

Couverture La légende de la perle noireLes « hasards » de mon métier m’amènent à m’occuper du fonds des bibliothèques de Maisons de quartier, en livres pour enfants et adolescents. Coup de foudre immédiat pour la littérature jeunesse ! Je dévore albums et romans pour la jeunesse et me spécialise sans m’en rendre compte.

Ma réputation est faite ! Dès qu’un enfant ou un adolescent « n’aimant pas lire » arrive à la librairie, c’est « SOS Carole » ! J’adore le contact avec ces jeunes que je conseille en m’intéressant à leurs centres d’intérêt. À ma grande surprise et à celle de leurs parents, la plupart lisent les livres conseillés.

Je ne sais pas encore à quel point cette expérience sera déterminante dans ma vie.

Conseillère en édition

Suite à la lecture de Jeen, le très beau texte écrit et publié par Charles Gibert, je lui propose de corriger quelques fautes et maladresses afin de proposer son roman à un éditeur français. Il accepte de tenter l’aventure.

Cette proposition culottée – car j’étais vraiment peu expérimentée en « coaching éditorial » – m’a appris à me faire confiance et à suivre mes intuitions.

Cette expérience passionnante m’a permis de rencontrer un autre « écrivain en herbe » talentueux dont le manuscrit avait reçu une appréciation encourageante d’un grand éditeur parisien. Celui-ci nous conseillait de remanier son texte qu’il jugeait trop court… Deux ans après, la mode sera aux romans « courts » !

Naissance d’un livre

Charles Gibert est médecin acupuncteur. Il me présente un jour un manuscrit sur le fiu (expression tahitienne qui se prononce « fiou » et signifie « fatigue, lassitude profonde ») vu à travers les yeux de la MTC.

Je suis néophyte dans ce domaine mais l’idée me séduit : expliquer comment le fiu (perte d’énergie) d’un organe peut influencer nos émotions et comportements et donner un ton léger à ce sujet sérieux en l’illustrant avec des dessins humoristiques de P’tit Louis.

Aucun éditeur local n’est intéressé par ce projet qui ne parle pas assez de Tahiti. Charles me propose de m’en occuper en éditant le livre à ses frais, à compte d’auteur.

couverture-des-fiu-et-des-hommesCommence une des aventures les plus fortes de ma vie : aider un auteur à « accoucher » de son livre ! Une magnifique amitié naît de cette collaboration qui repose sur une profonde écoute et un respect mutuel. Venant tous les deux de domaines différents, avec des connaissances et exigences différentes, nous travaillons pendant 2 ans, en plus de nos activités professionnelles, aux multiples corrections du manuscrit, qui de 100 pages passera à 350 pages !

Nous cherchons une maquettiste, une personne pour la saisie et la mise en page, et après des heures et des heures de travail, Des Fiu et des hommes sort en 2001. Nos efforts n’ont pas été vains car ce livre remporte un beau succès.

Cette expérience extraordinaire m’a beaucoup appris. Elle m’a ouvert à de nouveaux horizons et d’autres façons d’appréhender les êtres humains et la vie en général. Elle m’a également confirmé que pour vivre nos rêves, il est essentiel de « se retrousser les manches » pour s’en donner les moyens. Si en plus la voix du cœur est notre repère, malgré la fatigue, les cernes, les tensions, le bonheur est au rendez-vous !

Responsable du Département Jeunesse

Animation pour HalloweenLa librairie Archipels me propose de créer des ateliers de lecture : au sein du Département Jeunesse, avec des petits groupes d’enfants ou des classes, au CRDP de Pirae avec des classes du primaire, auxquelles je fais découvrir mes albums « coups de cœur ».

La magie du contact avec les enfants va me pousser à changer d’orientation professionnelle. Je rêve de voler de mes propres ailes et de travailler au quotidien avec des enfants et des adolescents. Après 1000 interrogations, doutes et angoisses, je démissionne de la Librairie Archipels. Direction… l’inconnu !!!

Les Z’ateliers de Carole

Découverte de l’enseignement

Carole en 2002Un jour, une personne me propose de donner des cours de français à sa fille âgée de 15 ans. J’accepte mais je vois cette expérience sur du très court terme car je suis persuadée qu’enseigner va vite m’ennuyer !

Que nenni ! Quelle surprise de réaliser, dès le premier cours, que je m’éclate ! Il n’y a pas d’autres mots pour décrire la joie ressentie ce jour-là… joie de communiquer un savoir, de chercher à être créative en m’adaptant à mon élève.

Je reste quand même prudente par rapport à mon enthousiasme, mettant cet engouement sur le plan de la nouveauté. Je prends un deuxième élève, même ressenti. Un troisième, un quatrième… je me sens à ma place. Je viens de trouver ma nouvelle voie !

Moralité : ne jamais dire « jamais » et essayer !

Je ne suis pas enseignante de métier mais je sens que mon passé d’élève en difficulté peut m’aider à comprendre certains problèmes. Je suis contre le « par cœur » des leçons indigestes qui le plus souvent sont mal comprises et vite oubliées. Je me replonge dans les leçons des manuels scolaires et commence à les adapter en écrivant mes propres cours.

Réconcilier avec le livre

Carole et un élèveMes élèves n’aiment pas, voire « détestent lire » ! Je propose aux parents de réconcilier leurs enfants avec la lecture en mettant à leur disposition ma propre bibliothèque de romans « coups de cœur ».

L’inscription aux cours repose sur un double engagement de l’élève : d’un part choisir et « essayer » de lire les romans que je propose, d’autre part exprimer à l’oral puis à l’écrit son avis personnel, même si le livre n’a pas été aimé. Ce travail d’écriture sur l’expression de son ressenti est capital pour moi. Il permet à ces jeunes de s’exprimer, même quand ils ne sont pas d’accord et d’apprivoiser et de découvrir les « mots ».

Premiers P'tits motsPendant 3 ans, je vais me déplacer au domicile de mes élèves, chargée de mes nombreux classeurs et livres. Je garde un très beau souvenir de cette période « itinérante » où j’ai pu, en rentrant dans les maisons, avoir un contact privilégié avec les familles et découvrir une autre facette de Tahiti. Je me souviens de cette vieille boutique de vêtements où je donnais mes cours, entourée de 1000 tissus bariolés, avec la télé en fond sonore… ou encore les aboiements incessants des chiens sur certaines terrasses !

Mon seul regret est ne pas avoir garder les doubles des avis personnels de mes élèves pendant cette période. Ils sont les ancêtres des P’tits mots du site !

Stress et blocages de l’apprentissage

Carole et une élèveEn 2003, mon travail me plaît beaucoup mais quelque chose me dérange. Certains de mes élèves présentent les symptômes suivants : difficulté à se concentrer, problème de mémorisation, surstress au moment des contrôles en classe qui leur fait tout oublier, dévalorisation, démotivation… Je sens que ces problèmes court-circuitent complètement leur apprentissage et que, si rien n’est fait, ils vont droit à « l’échec scolaire ».

Je conseille à certains parents d’aller consulter Joëlle Joufoques, une personne sérieuse et compétente, spécialisée dans la gestion des blocages de l’apprentissage (le Concept 3 en 1). Après quelques séances, le résultat est étonnant.

Le « hasard » fait que pour la première fois à Tahiti, une formation au Concept 3 en 1 est proposée. Pendant 2 ans, je me forme à ce merveilleux concept, élaboré par Gordon Stoke, un ancien élève dyslexique, qui a consacré sa vie à aider les enfants en difficulté. J’aime le respect qu’il a pour l’apprenant et son accompagnement vers l’autonomie. Cette formation va bouleverser ma vision de l’apprentissage et m’aider à comprendre mes difficultés scolaires passées et donc celles de mes élèves.

Cours collectifs

Salle de coursÀ la rentrée 2005-2006, je trouve une grande salle sur Papeete, face à l’hôpital Mamao, et réalise enfin un vieux rêve : créer ma propre structure ! Le local est affreux, sale et déprimant. Je repeins tout en jaune pour y mettre de la vie !

Les Z’Ateliers de Carole proposent des cours de français en petits groupes, des cours particuliers et des consultations privées pour accompagner les personnes souffrant de blocages de l’apprentissage.

Salle de coursLa Bibliothèque Tulaludi est mise à disposition des élèves et fait l’objet, à chaque cours, d’un tour de table. Il permet d’échanger sur les livres empruntés, de découvrir les p’tits mots écrits par les élèves, de les retravailler quand il y a trop de fautes, maladresses, répétitions, et de présenter mes coups de cœur.

La bibliothèque Tulaludi s’enrichit au fil des années et les P’tits mots des élèves se multiplient. Je crée un blog pour mettre en ligne à la fois les livres pour adolescents et les P’tits mots.

Animations de formations

En 2006, Polynélivres, une association qui se bat pour la promotion et le développement de la lecture publique en Polynésie Française, me propose d’animer des formations à la Littérature pour adolescents auprès de bibliothécaires, enseignants, animateurs de quartier et toute personne intéressée par la littérature ado. J’accepte, ravie de partager ma passion.

Groupe de stagiaires d'animation éducativeEn 2007, un organisme me demande de préparer une formation destinée aux animateurs des Maisons pour tous des quartiers défavorisés de Faa’a, Paea, Papara. Le projet a pour objectifs de sensibiliser les animateurs à l’approche de l’enfant, aux blocages de l’apprentissage, à des animations éducatives nouvelles, aux animations autour du Livre et à un travail en partenariat avec les écoles du quartier.

Je trouve cela intéressant mais ambitieux. La chef de projet y croit tellement que j’accepte. Je prépare mes cours, incapable de savoir ce qui m’attend sur le terrain. La veille de la formation, le doute m’assaille. Je me traite de « folle » d’avoir accepté ! Et puis… j’y vais…

J’ai eu la chance immense d’avoir eu des stagiaires « en or », des personnes motivées, attendant cette formation depuis des années. Je leur serai éternellement reconnaissante de m’avoir permis, grâce à leur écoute, de leur transmettre « avec mes tripes » mon expérience, de m’avoir fait confiance et de s’être remis en question pour appliquer sur le terrain ce que la formation leur avait appris.

Ateliers d’écriture

Couverture de Dans l'ombre du jourGrâce aux formations proposées par l’association Polynélivres, je participe à deux ateliers d’écriture. Coup de foudre immédiat pour ces moments magiques de créativité, bien éloignés de la performance écrite demandée à l’école.

Très frustrée de ne pouvoir participer qu’à des ateliers ponctuels, je contacte l’animatrice et écrivain Sylvie Couraud, dont j’apprécie l’approche très humaine. Elle m’avoue ne pas avoir le temps de s’occuper de l’organisation d’ateliers. Je lui propose de m’en charger et de chercher des participants. Cette merveilleuse aventure a commencé en 2007 et je sais qu’elle se poursuit encore aujourd’hui, une fois par mois, réunissant avec bonheur un petit groupe de fidèles.

De mon côté, la participation à d’autres ateliers d’écriture, quelques années plus tard en France métropolitaine, confirmera mon désir de m’engager dans cette nouvelle voie : animer des ateliers d’écriture auprès de publics adultes et adolescents. Elle s’inscrit avec douceur et évidence dans la continuité de mon travail.

Cours pour élèves du primaire

Travaillant seule, j’ai fait le choix de travailler exclusivement avec des collégiens. Or, j’ai de plus en plus de demandes pour des élèves du Primaire. Trouver une personne qui soit à la fois pédagogue et passionnée par la littérature jeunesse n’est pas chose aisée.

Le « hasard » me fait rencontrer Sophie Peracaula, créatrice de Lulu dans l’arbre. Le courant passe tout de suite entre nous. Je propose à Sophie de travailler avec moi, quelques heures par semaine, pour proposer des cours aux plus jeunes. Malheureusement cette jolie expérience ne durera qu’un an et demi car Sophie a d’autres projets.

Groupe de parole

En 2008, l’idée me trottait dans la tête depuis des mois : mettre en place un groupe de parole constitué d ‘adolescents fermés à la lecture.

Extrait de la brochure :

Votre enfant est Fiu de lire ? Offrez-lui une cure de livres une fois par semaine ! À qui s’adresse le groupe Tulaludi ?

  • Aux adolescents qui n‘aiment pas lire
  • À ceux qui ont du mal à s’exprimer

Les objectifs ?

  • Se réconcilier avec la lecture grâce à un partage et un travail autour du Livre
  • Exprimer son opinion, ses idées, ses émotions
  • Apprendre à écouter, à respecter l’opinion de chacun
  • Apprivoiser l’écrit en partageant son avis personnel

Cours pour lycéens

Groupe de paroleFin 2008, déménagement des Z’ateliers de Carole dans une rue piétonne, Quartier du commerce, à côté du port de Papeete. Nous passons d’une à trois pièces ! Gros coup de cœur pour ce lieu calme, plein de charme, repeint en jaune et vert pomme bien sûr !

Sophie va bientôt partir, je cherche quelqu’un pour la remplacer. Stéphanie, une jeune future prof, se présente. Elle est très motivée à l’idée d’explorer le terrain d’une petite structure privée avant d’enseigner pour l’Éducation nationale. J’apprécie son dynamisme et son enthousiasme.

Stéphanie dispensera essentiellement des cours de littérature et d’histoire-géo aux lycéens et étudiants.

Site web

En échangeant avec mon frère Nicolas, qui est informaticien, j’apprends qu’un « vrai » site web serait beaucoup plus adapté à mon projet que mon blog de l’époque. Nicolas me propose gentiment de le créer, sur mesures !

Nous habitons chacun au bout du monde… heureusement Internet est là ! Mais la suite est épique : ordinateur en panne, saisie, qui me parut interminable, de tous les « ptits mots », élaboration de la structure du site à distance, plongée dans ma mémoire pour créer les fiches thématiques de livres lus parfois il y a des années.

www.tulaludi.com est mis en ligne, symboliquement le jour de mes 40 ans, en janvier 2009.

Les Z’ateliers pour les élèves du Primaire

La majorité de mes élèves est en 6e-5e. La plupart n’ont pas leurs bases de français en arrivant au collège ce qui pose de sérieux problèmes dans la compréhension des énoncés.

Des parents me demandent de les préparer à la rentrée en 6e. D’abord réticente, car habituée à travailler avec les adolescents, je finis par accepter mais uniquement en cours particuliers. Cette expérience pleine de charme finira par me convaincre de proposer mes cours aux élèves du primaire, à partir du CM1.

Départ vers une nouvelle vie

Vue aérienneJuin 2009. Après presque 16 ans passés à Tahiti et une magnifique année scolaire 2008/2009, des changements de vie m’amènent à quitter la Polynésie française.

Direction la Nouvelle-Calédonie !

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