À Tahiti

Arrivée à Tahiti

1993, 24 ans. Je tombe tout de suite amoureuse de Tahiti.
Cette île ne ressemble pourtant pas toujours aux paysages de cartes postales : la chaleur est épouvantable, je me fais dévorer par les moustiques, Papeete la capitale est une ville sale, il y a beaucoup d’embouteillages et la vie est hors de prix.

Mais je me sens si heureuse : la nature est luxuriante et somptueuse, je suis touchée par la gentillesse des gens et j’aime la simplicité de la vie avec ce sentiment de décalage par rapport à l’agitation du monde.

Le métier de libraire

librairie archipels logoDès mon arrivée à Tahiti, je commence à chercher du travail et découvre avec surprise qu’il existe des maisons d’édition et deux grandes librairies à Papeete. Je postule également du côté des sociétés de communication mais quand que la librairie Archipels recrute, je m’y précipite alors que je m’étais toujours dit : « Je ne serai jamais libraire ! ».

Mémoire d’éléphant

Je me sens jeune, dynamique et passionnée, pourtant mes débuts dans le métier sont angoissants. Je découvre qu’être libraire demande une véritable mémoire d’éléphant : la librairie Archipels fait 3 étages, propose des milliers de titres et n’est pas informatisée. Je m’accroche car je sens que malgré tout j’apprends chaque jour et j’ai la chance de travailler au sein d’une équipe de libraires dynamiques, passionnées et passionnantes.

Rigueur

Ce métier demande beaucoup de rigueur, qualité parfois peu compatible avec mon côté « tout feu tout flamme ». Je vais l’acquérir au fil des années, parfois en pestant !

Polyvalence

librairie Archpels voeux 1996Je vis mon métier de libraire avec passion car mon poste est à la fois intellectuel, manuel, créatif et ouvert sur le monde :

  • Responsable de la publicité et des Relations publiques
  • Responsable du Département universitaire.
  • Déballage des livres, rangements, réorganisation des rayons, création de vitrines.
  • Conseils clientèle dans tous les rayons.

L’ancienne élève « timide », « trop réservée à l’oral » a disparu. Je prends la parole sans appréhension, ma voix dite « sourde » devient claire. Je m’épanouis au contact des livres, de la clientèle et de l’équipe de la librairie.

Conseillère éditoriale

correction manuscrit1996, 27 ans. Suite à la lecture de Jeen, le texte sensible écrit et publié par Charles Gibert, je lui propose amicalement de l’aider à corriger son roman afin de l’envoyer à des éditeurs français. Il accepte de tenter l’aventure

Cette expérience passionnante me permet de rencontrer un autre « écrivain en herbe ». Nous envoyons son manuscrit avec une lettre de recommandation de ma part en France et avons le bonheur de recevoir le retour encourageant d’un grand éditeur parisien, membre du jury pour le Goncourt.

Coup de foudre pour la littérature jeunesse

Alerte au cyclone Martin1997, 28 ans. A la librairie, le « hasard » du remplacement d’une collègue malade m’amène à monter le fonds des bibliothèques de Maisons de quartier, en livres pour enfants et adolescents.

Coup de foudre immédiat pour la littérature jeunesse ! Je dévore albums et romans et me spécialise sans m’en rendre compte.

Ma réputation est faite ! Dès qu’un enfant ou un adolescent « n’aimant pas lire » arrive à la librairie, c’est « SOS Carole » !

J’adore le contact avec ces jeunes que je conseille en m’intéressant à leurs centres d’intérêt. À ma grande surprise et à celle de leurs parents, la plupart lisent les livres conseillés. Je ne sais pas encore à quel point cette expérience sera déterminante dans ma future vie professionnelle.

Naissance d’un livre

1999, 30 ans. Charles Gibert, l’auteur de Jeen (cité plus haut) qui est médecin homéopathe-acupuncteur me présente un manuscrit sur le fiu (expression tahitienne qui se prononce « fiou » et signifie « fatigue, lassitude profonde ») vu à travers les yeux de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC).

Je suis néophyte dans ce domaine mais l’idée me séduit :

  • Ptit Louisexpliquer au grand public comment le fiu d’un organe (perte d’énergie) peut influencer notre santé, nos émotions et nos comportements,
  • donner un ton léger à ce sujet sérieux en l’illustrant par les dessins humoristiques de  P’tit Louis.

Aucun éditeur local n’est intéressé par ce projet qui ne parle pas assez de Tahiti. Charles Gibert me propose de m’en occuper en éditant le livre à ses frais, à compte d’auteur.

Commence alors une des aventures les plus fortes de ma vie : aider un auteur à « accoucher » de son livre !

Des fiu et des hommesUne magnifique amitié naît de cette collaboration qui repose sur une profonde écoute et un respect mutuel. Venant tous les deux de domaines différents, avec des connaissances et des exigences différentes, nous travaillons pendant 2 ans, en plus de nos activités professionnelles : aux multiples corrections du manuscrit, qui de 100 pages passera à 350 pages ; à la recherche de personnes pour la saisie, la maquette et la mise en page.

Faites le plein de vitalité docteur Charles GibertDes Fiu et des hommes sortira en janvier 2001. Nos efforts seront récompensés car ce livre remportera un beau succès.
Dix ans plus tard, Le Souffle d’Or l’éditera en France sous le titre Faites le plein… de vitalité !

Cette expérience extraordinaire représente un carrefour dans ma vie. Elle m’a transformée et ouverte à de nouveaux horizons : la Médecine traditionnelle chinoise, la psychologie et l’impact de nos émotions sur notre santé.

Responsable du Département Jeunesse

ateliers-lecture-librairie-archipels-la-depeche-de-tahiti-2000-novAnnée 2000, 31 ans.
Les choses bougent à la librairie Archipels.
Je suis devenue responsable du Département jeunesse et anime des ateliers lecture au sein de la librairie et à l’extérieur pour des groupes d’enfants ou des classes. Je sors de ces ateliers rayonnante et remplie d’énergie.

Au fond de moi naît le désir de travailler au quotidien avec les enfants et les adolescents.

2000 CTRDP Pirae

Révolution intérieure

2001, 32 ans. Je suis tellement bousculée par la magie du contact avec les enfants et l’expérience  Des Fiu et des hommes que je sens une révolution intérieure faire son gros bazar !

  • Je me sens frustrée dans mon travail de libraire.
  • Tous les métiers qui m’attirent autour de l’enfance demandent des diplômes que je n’ai pas : psychologue, psychomotricienne, orthophoniste, éducatrice spécialisée…
  • Je vis seule, la vie est très chère et il n’y a pas d’aides ou de bourses pour m’aider à changer de voie professionnelle.

Je continue à faire mon travail avec sérieux mais je sens que je m’éteins à l’intérieur. Danger ! J’ai la chance d’être entourée d’amis formidables, la plupart à leur compte, qui croient en moi et m’encouragent à écouter mes intuitions.

Mars 2002, 33 ans.  Après mille questionnements et angoisses,  je fais le grand saut en présentant ma démission. Direction… l’inconnu !

Naissance des Z’ateliers de Carole©

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